Toxic Avenger #1-5
19 février 2026(Ahoy Comics / Matt Bors / Fred Harper)

Melvin Junko est un adolescent hors-norme qui, comme dans toute ville des États-Unis qui se respecte, subit du harcèlement scolaire au lycée. Il ne peut compter qu’Yvonne, une jeune fille qui perd la vue, comme amie. Comme Melvin n’est pas vraiment à se faire laisser faire, le voilà qui interrompt un match en portant un tutu, ce qui blesse les sentiments virilistes de ses agresseurs réguliers. Et les voilà qui pourchassent Melvin au moment-même où un train déraille. Chose comique: le train contient des produits toxiques qui vont rapidement submerger les adolescents.
Un scandale dont le maire de Tromaville se passerait bien mais heureusement Lydia Flick, représentante de Biohazard Solutions, tout droit envoyée de Washington, va l’aider à contenir le désastre. En fermant tous les accès à la ville, le temps que les choses se tassent. Mais ni les parents des jeunes, ni les réseaux sociaux ne sont aussi contrôlables. Alors quand Melvin voit qu’il est transformé en monstre de foire, qu’il a acquis des pouvoirs surhumains mais qu’il réussit à se remettre sur pied plus vite que ses “camarades”, il va tenter de faire comprendre à tous les habitants de Tromaville ce qu’il se passe. Et bien sûr, ces derniers vont être réellement difficiles à convaincre.

Après le film (apparemment sorti en 2025, je ne l’ai pas vu passer sinon je serais aller le voir) qui relance la franchise Toxic Avenger, c’est au tour du monde du comic-book que de reprendre le concept du super-héros fait à base de déchets toxiques, tout en remettant cela au goût du jour. Ce n’est pas la première fois que Toxie gagne les faveurs du monde la BD, puisqu’il a été adapté en 1991 chez Marvel (11 numéros) et en 2007 chez Devil’s Due (dans un TPB). Dire que j’ai tout ça dans mes cartons et que je n’ai lu que le TPB dont je ne garde pas de souvenirs précis …
Matt Bors est un responsable éditorial devenu scénariste dont l’essentiel du travail consiste dans ses séries actuelles pour Ahoy Comics. Autant dire, un jeune auteur qui va construire chacun de ses 5 numéros par un jeu de scènes passées et présentes. Si dans le premier numéro, l’idée est de nous plonger dans l’action directement, les numéros suivants nous présenteront toutes les situations humiliantes dans lesquelles Melvin s’est retrouvé avant de passer à l’époque présente avec l’épisode de la quarantaine et les différents combats que Toxie va mener. C’est plutôt bien fichu car le scénariste n’abuse pas de ces aller-retours et il dépeint des situations difficiles face auxquelles son héros réussit à garder la tête haute, ce qui ne serait pas évident pour tout le monde. Même si ça n’est clairement pas le cœur du sujet, ces réseaux sociaux sont suffisamment bien mis en scène pour que leur présence soit à la fois crédible et pas forcée au chausse-pieds. De façon réaliste et néanmoins cruelle, elle montre comment les contenus les plus violents et les plus humiliants sont ceux qui fonctionnent le mieux et que les “autorités” ne font finalement pas grand chose pour soigner le mal. À noter d’ailleurs, qu’à présent, Melvin est considéré comme un ado plutôt normal à nos yeux et plus comme un affreux jeune homme passablement crétin, ce qu’il était dans le tout premier film.
Contrairement au film originel qui est une parodie de film horrifique de vengeance, cette histoire met Toxie face à Biohazard Solutions, qui cherche à éloigner toute attention médiatique de la catastrophe que vit Tromaville. À ce titre, on est plus proche du second opus cinématographique de 1985 (vous cassez pas la nénette, c’est franchement pas le meilleur de la série). De quoi sortir un twist imprévu qui a un but caché sur la longueur et qui sera révélé au lecteur sur la fin de cette première mini-série. Je me demande si c’est réellement une bonne idée mais commercialement parlant, cela peut se tenter.

Graphiquement, c’est aussi un sacré changement et les couvertures peintes de Fred Harper sont de toute beauté (enfin, je me comprends). Avec un Toxie a la tête complètement défigurée, Harper se sert de l’outil graphique pour dépasser ce que les maquillages cinématographiques pouvaient faire. Ainsi Toxie est réellement difforme mais l’artiste réussit à lui donner tout de même un côté suffisamment sympathique pour que l’on adhère au personnage. Ce que j’adore (un peu comme dans le film d’ailleurs), c’est le tutu passe complètement inaperçu sauf quand un personnage le mentionne. Il faut dire que ça tient plus du bout de tissu complètement déchiré que de l’uniforme visible. Et le héros a donc une corpulence de body-builder à peine exagérée en comparaison de celle de ses adversaires (qui étaient déjà bien musclés avant l’accident). La mise en page est propre, certaines splash-pages font leur effet avec un supplément de gore spécialement intégré dans ces dernières pour encore plus d’efficacité. Malheureusement, la colorisation de Lee Loughridge ne rend pas aussi bien que les couleurs des couvertures. Et elles montrent aussi qu’Harper est un dessinateur qui a encore pas mal de chemin à parcourir même si le résultat est très honorable.
Au final, est-ce que je vous conseillerais de lire cette mini-série ? Non, pas vraiment. À moins d’être fan du Toxic Avenger et de vouloir connaître l’évolution du personnage à notre époque, ça reste du comic-book trop classique, presque trop sage par rapport à son modèle ciné des années 80. Reste à voir ce que la franchise donne puisqu’au moment où j’écris ces lignes 5 one-shots (Team-Up) et 5 numéros de la série régulière sont déjà parus. De quoi confirmer ou pas la direction prise par la franchise.
